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La gestion du lever et du coucher d'une personne en perte d'autonomie

Posté le 29/11/2017 par Barbara | Infirmière conseil

La gestion du lever et du coucher d'une personne en perte d'autonomie

C’est au sortir du sommeil, lorsque le manque de vigilance peut jouer de mauvais tours, que les déplacements sont les plus délicats, et les chutes, les plus à craindre. Muscles engourdis, tension fragile, équilibre incertain… Pour une personne âgée ou atteinte d’une pathologie sérieuse, se lever n’est pas chose aisée. Ces actions en apparence banales nécessitent un effort réel de la part de la personne en perte d’autonomie, ainsi qu’une attention toute particulière de la part de son entourage. Passer de la position horizontale à la position verticale, de l’inactivité à l’activité – ou inversement – ne va pas de soi. Cette alternance requiert la mobilisation de l’être tout entier. Muscles, souffle, équilibre, présence d’esprit, état psychologique concourent au bon déroulement de ces moments fondamentaux qui rythment le déroulement des jours.

conseil de pose de protection

Deux moments importants du quotidien

LE LEVER

Acte de volonté par excellence, le lever est non seulement la première action de la journée, mais aussi la plus déterminante : il dénote la résolution de votre proche à prendre part à la vie quotidienne. Pour cette raison, cette étape ne doit pas être négligée. Si votre parent éprouve quelque difficulté à passer de l’horizontale à la verticale, votre aide lui sera précieuse : il suffit parfois d’un bras solide en guise de point d’appui pour faciliter le lever. D’autres situations s'avèrent plus délicates, notamment chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Conseillez alors à la personne de décomposer le mouvement en trois étapes : se tourner sur le côté, se redresser de façon à se retrouver assise au bord du lit, et enfin, se mettre debout. Il se peut que le passage de la position couchée à la position assise, particulièrement critique, requière votre assistance. Dans ce cas, aidez votre proche à se redresser en imprimant vous-même le mouvement à son buste, tout en faisant basculer ses jambes hors du lit. La position de votre corps doit servir de soutien et de garde-fou. Une fois que la personne est assise, patientez quelques secondes, voire quelques minutes, avant de l’aider à se mettre debout, de façon à éviter les brusques chutes de tension. Veillez à accompagner de paroles chacune de ces actions, afin d'expliciter les étapes de la manœuvre.

LE COUCHER

Comme on fait son lit, on se couche », dit-on parfois. Et bien souvent, comme on se couche, on dort. Si se glisser dans les draps paraît requérir moins d’efforts que s’en extraire, il demeure important de veiller au bon déroulement du coucher. S’allonger n’est pas se laisser tomber « au petit bonheur » : là encore, une anticipation des gestes à accomplir et une décomposition du mouvement est nécessaire. Il faut avoir pensé à la position et à la situation visées dans le lit. Soyez attentif au bien-être de votre proche. Veillez notamment à ce qu’il soit calé bien au centre du couchage, de façon à éviter les chutes.
S’il vous manifeste son inconfort, aidez-le à se replacer. On conseille généralement d’être à deux, chacun posté de part et d’autre du lit, pour mobiliser une personne couchée. Si vous êtes seul, ceinturez-la sous les bras pour la soulever légèrement. Elle ne doit cependant pas se laisser porter : demandez-lui de replier les jambes et de pousser sur ses talons. Ce faisant, elle vous donne l’impulsion nécessaire à son déplacement. Accompagnez chaque effort d’un signal vocal (du type : "On y va à trois... Un, deux, trois !")

L’organisation de la chambre

Lieu d’intimité et de repos, la chambre occupe une place de choix dans l’univers symbolique de chacun. Bien que dépendant des soins et de l’attention que vous lui prodiguez, votre proche continue à avoir besoin de cet espace personnel. Il est donc important qu’il puisse conserver un cocon bien à lui – ou « bien à eux », pour un couple. Synonyme de bien-être et de détente, cet espace de vie doit répondre à des exigences particulières. Confort, commodité, calme seront les maîtres-mots pour vous qui souhaitez agencer au mieux la chambre de votre proche. Une disposition rationnelle des meubles et des objets s’avère nécessaire afin de faciliter les déplacements quotidiens et de limiter le risque d’accidents.

UNE PIÈCE FACILE D’ACCÈS

En premier lieu, évitez d’aménager une chambre à l’étage. Votre parent doit pouvoir y accéder facilement, autrement dit sans avoir à emprunter l’escalier. Cette recommandation se transforme en véritable obligation si votre proche est atteint de la maladie de Parkinson, de troubles de la vue (DMLA ou autres), mais aussi d’insuffisance respiratoire ou cardiaque. Pour ceux qui n’ont pas l’espace suffisant au rez-de-chaussée, des systèmes de fauteuils monte-escalier ou des mini-ascenseurs existent pour les particuliers. Ces dispositifs sont certes coûteux, mais ils permettent de garder l’agencement de la maison inchangé, et s’adaptent à tous les types d’architecture.

UN ESPACE ADAPTÉ

En plus d’être facile d’accès, la chambre de votre proche se doit d’être fonctionnelle. Attention, il ne s'agit pas de négliger la décoration de la pièce : se sentir chez soi, évoluer dans un espace harmonieux et à son goût crée une atmosphère sécurisante, propice au bien-être. Néanmoins, la commodité reste à privilégier sur le raffinement ou la coquetterie.

- le lit

Principal meuble de la chambre, le lit est aussi la charnière entre le jour et la nuit : s’y allonger c’est s’abandonner au sommeil, et s’en extraire, réinvestir la vie « active ». L’alternance de ces deux actions imprime un rythme de vie aussi stimulant que régulateur. Pour faciliter le lever et le coucher, et ainsi encourager votre proche à s’inscrire dans cette alternance dynamique, veillez à ce que son lit soit adapté à son état physique. Suffisamment ferme, ni trop haut, ni trop bas, il doit permettre de s’y asseoir à moindre effort. On considère généralement que la bonne hauteur est atteinte lorsqu’en position assise, la personne peut poser ses pieds à plat sur le sol, les cuisses formant un angle droit avec le buste.

Si votre proche connaît des crises d’arthrite ou d’arthrose particulièrement sévères, il est conseillé d’investir dans un oreiller ergonomique, voire dans un matelas dit « à mémoire de forme ». Leur vertu est de soulager les articulations en réduisant la pression exercée sur celles-ci.

Dans les situations d’invalidité les plus sérieuses, notamment pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, s’équiper d’un lit médicalisé est une solution adéquate et remboursée, qui plus est, par la Sécurité Sociale. Réglables en hauteur, inclinables à volonté, munis de barrières escamotables et pourvus de télécommandes à grosses touches, ces lits que l’on trouve également dans les hôpitaux s’adaptent parfaitement aux besoins.

Quel que soit le type de lit que vous avez choisi, il est impératif d’en rendre l’accès aisé. Il faudrait, dans l’idéal, laisser un espace de plus d’un mètre de chaque côté. Là encore, soyez à l’écoute : certaines personnes préfèrent avoir un mur à proximité, afin de pouvoir s’y appuyer en se levant. Prévoyez éventuellement un point d’appui supplémentaire, par exemple une poignée ou une barre fixée au mur. Les tapis ou descentes de lit sont de leur côté à proscrire : ils peuvent accrocher le pied ou glisser sous les efforts de la personne pour se mettre debout.

- les accessoires de chevet

De préférence à angles ronds, la table de chevet permet au malade d’avoir à disposition ce dont il peut avoir besoin en pleine nuit : paquet de mouchoirs, verre d’eau, téléphone, réveil, médicaments, Ventoline pour les asthmatiques… Privilégiez les matériaux incassables, notamment dans le cas de personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Choisissez une lampe de chevet relativement lourde afin d’éviter qu’elle ne tombe en cas de mouvements incontrôlés de la main. Une applique murale peut éviter ce genre de désagréments. Il existe aussi des lampes pourvues d’interrupteurs lumineux facilement repérables dans l’obscurité. Attention aux fils électriques, véritables dangers domestiques – pas tant pour les risques d’électrocution que pour leur propension à encercler nos chevilles et à nous faire chuter. Autre élément dont la présence sur la table de chevet s’avère essentielle : le téléphone. Simple d’utilisation, pourvu de grosses touches et d’un système d’amplificateur de voix, il permet à votre proche de vous joindre facilement, et – en cas de malaise – d’appeler les secours rapidement. Très pratique, la mise en mémoire des principaux numéros (enfants, voisins, numéros d’urgence) évite d’avoir à sortir un répertoire téléphonique et simplifie considérablement la démarche d’appel.

- et parce qu’on n’est jamais trop prudent…

Il est important d’éviter à votre proche d’avoir à se déplacer dans l’obscurité. Les personnes âgées ou en perte d’autonomie ressentent parfois la nécessité de se lever plusieurs fois par nuit (incontinence, troubles compulsifs…). Il est donc impératif de dégager le passage entre le lit et la porte et de laisser une source lumineuse permanente du type veilleuse. Peu gourmandes en électricité, ces lampes sont également rassurantes sur le plan psychologique. Elles émettent une lumière colorée, assez diffuse pour ne pas gêner l’endormissement, et suffisante pour baliser un court trajet nocturne. Si votre proche souffre de troubles visuels importants, une veilleuse ne suffira pas : persuadez-le d’allumer la pleine lumière pour le moindre déplacement.

Adapter son hygiène de vie

Avec le temps et les ennuis de santé, chaque nuit devient un combat contre l’insomnie. Et vous avez eu beau agencer la chambre parfaite, mis l’accent sur le confort et la sécurité, le sommeil de votre proche se fait encore capricieux.

UN SOMMEIL PERTURBÉ

Maladies neurologiques, douleurs articulaires, problèmes circulatoires, incontinence… Ces troubles ne disparaissent pas, hélas, durant la nuit, et les vertus du sommeil s’en trouvent diminuées. Particulièrement nuisible à la qualité du repos, l’agitation nocturne touche les personnes atteintes de troubles neurologiques. La maladie de Parkinson peut notamment entraîner des modifications du comportement durant le sommeil paradoxal. Coups de poings, coups de pieds, gestes brutaux aussi soudains qu’involontaires sont susceptibles de blesser le conjoint ou la personne elle-même. De façon plus générale, le sommeil a tendance a être fragmenté : les réveils nocturnes, normalement exceptionnels, se multiplient. Ils peuvent être sans cause apparente ou bien provoqués par une douleur (dans le cas des maladies ostéo-articulaires par exemple), par une gêne de type circulatoire, ou encore par des quintes de toux. Sans compter l’incontinence, elle aussi cause de fréquents réveils. Lorsque la cause de cette multiplication des réveils nocturnes échappe, il faut incriminer une altération – souvent liée à l’âge – de la fonction régulatrice de l’horloge interne. Dans d’autres cas, elle est due à une pathologie de type « syndrome des apnées du sommeil » ou « mouvements périodiques des jambes ». La conséquence de cette fragmentation du temps de repos est une importante dette de sommeil.

ADOPTER UN RYTHME RÉGULIER

Se lever et se coucher chaque jour à la même heure permet de conserver un rythme stable, régulier et dynamique. En plus d’être stimulante, une alternance jour/nuit marquée a des effets bénéfiques sur la qualité du sommeil. Si les besoins varient considérablement d’une personne à l’autre, certaines astuces permettent d'optimiser son temps de sommeil et d'en améliorer la qualité. Contrairement aux idées reçues, se coucher trop tôt n’est pas forcément une bonne chose : encouragez votre proche à se mettre au lit tard afin d’éviter qu’il ne finisse son temps de sommeil au milieu de la nuit. L’alternance jour/nuit doit être la plus nette possible : succomber à l’hypersomnolence de la journée brouille ce rythme. Votre parent doit donc, autant que possible, lutter contre l’assoupissement diurne. On recommande en général de ne pas faire plus d’une sieste par jour, même si la tentation est grande de compenser au cours de la journée le manque de sommeil nocturne.

QUELQUES CONSEILS…

Adopter un rythme régulier, c’est aussi manger à des horaires fixes, pratiquer une activité physique adaptée chaque matin, de façon à ne pas mettre le corps sous tension avant le coucher. C’est s’exposer à la lumière naturelle chaque jour, de préférence en début de journée, afin d’aider l’horloge interne à se régler sur l’alternance jour/nuit. Par ailleurs, il est recommandé de bannir certaines activités avant le coucher, et d’en préférer d’autres, plus propices à la relaxation et à l’endormissement. Il est notamment recommandé de ne pas se coucher juste après avoir dîné et de ne pas pratiquer une activité physique ou intellectuelle trop intense avant de se mettre au lit. Ces conseils, valables pour tous, sont particulièrement bénéfiques dans le cas des personnes âgées ou atteintes d’affections sérieuses, car elles sont les plus sensibles aux perturbations de l'équilibre biologique.

Sources
Pages internet :

- site de proximologie créé par Novartis Pharma : www.proximologie.com
- site du docteur Royant-Parola, spécialiste dans les troubles du sommeil : www.royant-parola.com

- site officiel du Ministère de la Santé : www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr

Ouvrages :

- Emmanuelle de Guitaut, Annette Vezin, Anne-Marie Coutrot, Pierre Guillet, Bien vieillir à la maison : le guide, Senior Lifestyle, 2005.
- Sylvie Pandelé , La Grande Vulnérabilité. Fin de vie, personnes âgées, handicap : esquisse d’une éthique de l’accompagnement, Seli Arslan, 2008
- Philippe Voyer, Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie, ERPI, 2006
- Revue canadienne de la maladie d’Alzheimer, décembre 1998 « Les troubles du sommeil chez la personne âgée et la maladie d’Alzheimer », par le Dr Bernard Groulx.