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L’hyperactivité vésicale

Une cause de l’incontinence trop méconnue


Nous avons souvent tendance à associer les troubles de l’incontinence à des problèmes de prostate chez l’homme et de périnée chez la femme. Pourtant, 14 % à 16 % de la population souffrirait d’une forme d’incontinence liée à l’hyperactivité vésicale d’après l’urologue Philippe Grise, spécialiste de l’incontinence urinaire.

Urinoirs publics homme - hyperactivité vésicale

L’hyperactivité vésicale, qu’est-ce que c’est ?

L’hyperactivité vésicale se caractérise par le besoin répété et urgent de faire pipi, supérieur à 8 fois par 24 h. On parle d’impériosités mictionnelles ou d’urgenturies. Si cette hyperactivité peut conduire à une incontinence urinaire, ce n’est pas toujours le cas.

Pour comprendre l’hyperactivité vésicale, il faut déjà comprendre le fonctionnement de la vessie :

Quand la vessie est pleine, elle envoie un signal nerveux pour prévenir le cerveau qui va faire redescendre l’information au muscle de la vessie, le détrusor, une fois que les conditions nécessaires pour uriner sereinement sont rassemblées. Le détrusor se contracte alors pour vider la vessie. Dans le cas de l’hyperactivité vésicale, le détrusor se contracte sitôt que la vessie commence à se remplir sans attendre qu’elle soit pleine.

Quelles sont les personnes touchées par l’hyperactivité vésicale ?

Dans l’absolu, tout le monde peut être concerné. Cependant, certains facteurs favorisent l’incontinence urinaire due à une hyperactivité vésicale.

L’âge 

Deux raisons peuvent expliquer que l’âge favorise l’incontinence urinaire par hyperactivité vésicale. La première est qu’avec l’âge, le muscle de la vessie perd en souplesse, notamment lors de la ménopause. Cette perte de souplesse entraîne une augmentation de la pression à l’intérieur de la vessie qui entraîne elle-même une contraction involontaire du détrusor. La seconde est neuronale puisqu’on observe une « dénervation » de la vessie, c’est-à-dire que les neurotransmetteurs qui laissent circuler l’information entre la vessie et le cerveau se dérèglent.

Les troubles neurologiques

La maladie de Parkinson, les séquelles d’un accident vasculaire cérébral ou encore les lésions neurologiques peuvent entraîner une hyperactivité vésicale en brouillant la communication neuronale entre la vessie et le cerveau.

Certaines infections type infections urinaires, vaginales ou cystite

Ces infections peuvent entraîner une hyperactivité vésicale. L’envie fréquente d’aller aux toilettes peut d’ailleurs être un symptôme permettant de diagnostiquer une infection non douloureuse.

Les antécédents chirurgicaux

Les antécédents sont à prendre en compte puisque certaines chirurgies peuvent conduire à une incontinence urinaire par hyperactivité vésicale.

L’anxiété ou la dépression

L’anxiété ou la dépression peuvent également entraîner une hyperactivité vésicale.

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Au quotidien

Même chez les personnes ne souffrant pas d’incontinence urinaire, l’hyperactivité vésicale peut s’avérer être handicapante.

Les conséquences sociales et professionnelles

L’urgenterie, c’est-à-dire le fait d’avoir envie d’uriner brusquement sans pouvoir se retenir, peut conduire les patients à se rendre aux toilettes par précaution sans en avoir envie, à modifier leurs choix vestimentaires afin de rendre le déshabillage plus rapide voire même brimer leur vie sociale en limitant les trajets ou refusant des sorties jugées trop à risques.

Chez les personnes encore en activité, l’hyperactivité vésicale peut complexifier la vie professionnelle en rendant difficiles les temps trop longs de réunion par exemple.

Les conséquences psychologiques

La perte ou la diminution de la vie sociale peut affecter le moral des personnes souffrant d’hyperactivité vésicale, phénomène renforcé par le sentiment de se sentir « sale », rapporté par les personnes n’ayant pas de protections adaptées.

Les conséquences médicales

Les conséquences médicales de l’hyperactivité vésicale ne sont pas à négliger, notamment chez les personnes âgées ou à mobilité réduite qui sont exposées à un risque de chute du fait de devoir se dépêcher d’aller aux toilettes.

Quelles solutions pour les patients ?

La première des étapes est d’en parler. Cela peut sembler évident, mais d’après l’urologue Philippe Grise, seuls 20 % à 30 % des patients concernés osent aborder les difficultés d’incontinence urinaire avec leur médecin. Le tabou lié à l’incontinence est encore très fort, surtout chez les personnes jeunes. Pourtant, des traitements médicamenteux existent et peuvent être, contrairement aux idées reçues, efficaces. Malheureusement, sans échange médecin/patient, aucune prise en charge ne peut être envisagée.

Pour libérer la parole, les proches sont aux premières lignes. Ils peuvent dédramatiser la situation et accompagner le patient vers une consultation et une prise en charge.

Au-delà d’un traitement médical, il est indispensable pour le patient de trouver des protections adaptées à ses besoins.